La déclaration de revenus en dit long sur un client : qui compose le foyer, comment le dirigeant se rémunère, ce qu’il touche en dividendes et en loyers, les plafonds d’épargne retraite qu’il laisse filer, une plus-value en report, des comptes à l’étranger. Le cabinet la remplit chaque printemps, mais la relit rarement pour conseiller le client. Voici les 7 réflexes que nous enseignons aux cabinets pour en tirer des missions, chiffrés sur le cas pratique présenté par Frédéric Espirat lors de notre webinaire du 29 septembre 2026.
Pourquoi analyser la déclaration de revenus à l’automne ?
Au printemps, le cabinet enchaîne des centaines de déclarations et n’a pas le temps de prendre du recul. À l’automne, on peut relire celle déposée en mai-juin et anticiper la suivante. Il reste alors trois mois avant le 31 décembre pour verser sur un PER, mettre en place de l’épargne salariale ou vendre un bien.
Le cabinet a déjà tout sous la main : les déclarations (2042, 2044, 2074, IFI), la comptabilité et le fichier des écritures comptables (FEC), la paie et la DSN, les statuts et les procès-verbaux d’assemblée. Nous avons expliqué dans notre article sur la méthode du bilan patrimonial en 4 étapes pourquoi cette position fait de l’expert-comptable un interlocuteur naturel. Reste à savoir si le cabinet transforme ce qu’il voit en mission facturée, ou s’il laisse ce conseil, et les honoraires qui vont avec, à d’autres.
Ce que 2026 change dans la lecture d’une 2042
- Flat tax à 31,4 % : 12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux, après la hausse de la CSG votée pour 2026. Elle s’applique aux dividendes, aux intérêts, aux plus-values sur titres et sur cryptoactifs.
- Prélèvements sociaux maintenus à 17,2 % sur les loyers de location nue, les plus-values immobilières, l’assurance vie et l’épargne logement. Le taux varie donc selon le placement.
- Immobilier : le nouveau statut du bailleur privé concerne les logements achetés du 21 février 2026 au 31 décembre 2028. La location meublée non professionnelle (LMNP) devient moins avantageuse.
- Pacte Dutreil : l’engagement individuel de conservation passe de 4 à 6 ans. Les biens somptuaires et les logements que la société détient sans les utiliser pour son activité ne sont plus exonérés.
- Apport-cession : si la holding vend les titres apportés moins de trois ans après l’apport, elle doit réinvestir 70 % du prix dans une activité économique, dans un délai de 3 ans, et garder ce réinvestissement 5 ans. Ces règles s’appliquent aux cessions réalisées depuis le 21 février 2026.
- Hauts revenus et holdings : la contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR), qui garantit un taux d’imposition minimal de 20 %, est prolongée. Une nouvelle taxe de 20 % frappe les biens somptuaires (yachts, voitures de sport, œuvres d’art…) détenus par des holdings dont l’actif atteint 5 M€.
Ces changements viennent de la loi de finances pour 2026 et de la loi de financement de la sécurité sociale. Vos clients ne les liront pas : ils comptent sur vous pour le faire.
Le cas pratique : Marc et Hélène Valrose
Marc, 52 ans, gérant majoritaire TNS d’une SARL : 150 000 € de rémunération, 30 000 € de dividendes. Hélène, 50 ans, salariée de la SARL : 40 000 €. Léa, 21 ans, étudiante rattachée au foyer. Deux appartements loués nus sans emprunt (18 000 € de loyers nets), dont un studio hérité en 1994. Aucun PER, aucune épargne salariale. Une holding créée en 2021 porte 250 000 € de plus-value en report. Environ 50 000 € de cryptoactifs sur deux plateformes étrangères, jamais déclarés. Compte courant d’associé : 80 000 €, sans convention.
Premier constat : le client pense être « à 30 % ». Avec un revenu net imposable de 189 000 €, il paie 43 284 € d’impôt sur le revenu, soit un taux moyen de 22,9 %. Mais l’avantage lié à la demi-part de Léa est plafonné à 1 807 € (barème et plafonds 2026) : chaque euro gagné en plus est donc taxé à 41 %. Montrer ce taux marginal au client prend une minute, et toute la suite de l’entretien en dépend.
Cas fictif présenté en webinaire, chiffres arrondis à titre d’illustration.
Réflexe 1 : enfant majeur, rattacher ou déduire une pension ?
Rattachée au foyer, Léa apporte une demi-part dont l’avantage est plafonné à 1 807 €. Si ses parents ne la rattachent plus et lui versent une pension alimentaire déduite au plafond de 6 855 €, l’économie d’impôt monte à 2 811 € (6 855 € × 41 %). Le foyer gagne 1 004 € par an, soit 821 € une fois retirée la réduction d’impôt pour frais de scolarité (183 €), perdue sans rattachement. Il faut que les besoins de Léa soient réels, que les versements soient traçables et que Léa déclare la pension de son côté sans être imposée dessus. Le calcul est à refaire chaque année.
Réflexe 2 : case 6NS vide, des plafonds PER qui se perdent
L’avis d’imposition indique environ 51 500 € de plafond disponible, dont 38 000 € de plafonds non utilisés en 2023, 2024 et 2025. Marc dispose en plus d’un plafond propre aux travailleurs non salariés, d’environ 30 300 €. La part de 2023 sera perdue au 31 décembre 2026. Un versement de 15 000 € sur un PER, financé par les dividendes plutôt que par le budget du ménage, réduit l’impôt de 6 150 € dès l’année du versement. L’imposition est seulement reportée à la sortie du plan.
Ce réflexe mène à la mission qui en entraîne le plus d’autres : le bilan retraite. Dans ce dossier, personne n’a vérifié le relevé de carrière (disponible sur info-retraite.fr), ni mesuré l’écart entre la pension prévue et un train de vie calé sur 150 000 € de revenus. La date de départ reste floue et le rachat de trimestres n’a jamais été étudié, alors qu’il se déduit du revenu imposable sans plafond. Notre formation Retraite du dirigeant : calculer, optimiser et conseiller détaille ces calculs.
Réflexe 3 : case 4BA, 18 000 € de loyers imposés à 58,2 %
Avec 41 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux, il reste 7 524 € sur 18 000 € de loyers. Pour environ 450 000 € de biens, le rendement après impôt tombe à 1,67 %. Le client n’a jamais vu ce chiffre noir sur blanc.
Plusieurs pistes sont à étudier : des travaux qui créent un déficit foncier (jusqu’à 10 700 € imputables chaque année sur le revenu global), le statut du bailleur privé si le client réinvestit, la location meublée avec prudence (les amortissements sont réintégrés dans la plus-value depuis 2025 et les prélèvements sociaux passent à 18,6 %), l’impôt sur les sociétés via une société civile, ou la vente au profit de l’assurance vie. Le studio hérité en 1994 (180 000 €, 7 200 € de loyer) est détenu depuis plus de 30 ans : sa plus-value est exonérée. Le vendre et placer le prix à 3 % en assurance vie rapporterait environ 1 500 à 1 900 € de plus par an, avant frais.
Réflexe 4 : case 2DC, 30 000 € de dividendes, l’arbitrage a changé
Pour un associé qui n’est pas dirigeant, 30 000 € de dividendes taxés à 31,4 % laissent 20 580 € nets. Le cas de Marc est différent, car il est gérant majoritaire : la part de ses dividendes qui dépasse 10 % du capital, des primes d’émission et de son compte courant (9 000 € ici) supporte les cotisations sociales des indépendants. Sur ces 21 000 €, le coût est comparable, mais les cotisations ouvrent des droits à la retraite. La SARL emploie deux salariés, ce qui rend possible une autre option : un plan d’épargne entreprise (PEE) et un plan d’épargne retraite collectif (PERECO), avec un abondement de l’entreprise qui peut atteindre 11 534 € par bénéficiaire et par an. Cet abondement est déductible pour la société, exonéré de forfait social sous 50 salariés et exonéré d’impôt sur le revenu pour le bénéficiaire (seules la CSG et la CRDS restent dues). Marc et Hélène peuvent tous les deux en profiter.
Rémunération, dividendes et épargne d’entreprise se combinent, et le bon équilibre se recalcule chaque année à la clôture des comptes.
Réflexe 5 : case 8UT, 250 000 € de plus-value en sommeil
Avec un report, l’impôt reste en attente. Ici, il s’élève à environ 75 000 €, calculé au taux en vigueur l’année de l’apport, soit 30 % en 2021 (BOFiP). Il devient exigible l’année où le report prend fin : vente ou remboursement des titres, départ du client à l’étranger. L’état de suivi 2074-I doit être rempli chaque année. Si la holding vend les titres moins de trois ans après l’apport, elle doit désormais réinvestir 70 % du prix dans les trois ans et garder ce réinvestissement cinq ans. Le cabinet est souvent le seul à avoir la 2074-I sous la main.
Réflexe 6 : cryptoactifs, la déclaration que vos clients oublient
Échanger une cryptomonnaie contre une autre ne déclenche aucun impôt. L’impôt est dû quand le client convertit en euros ou paie un bien, dès que ses cessions dépassent 305 € dans l’année, au taux de 31,4 %, avec le formulaire 2086. Chaque compte ouvert sur une plateforme étrangère doit en plus être déclaré sur le formulaire 3916-bis. Un compte oublié coûte 750 € d’amende par an, 1 500 € si sa valeur a dépassé 50 000 € dans l’année, et l’administration peut remonter jusqu’à 10 ans en arrière. Avec la directive européenne DAC8, les plateformes établies dans l’Union européenne collectent depuis le 1er janvier 2026 l’identité de leurs clients et le détail de leurs opérations, et les transmettront au fisc en 2027. Marc détient environ 50 000 € sur deux plateformes et n’a rien déclaré : il faut reconstituer l’historique de ses opérations et régulariser avant cette première transmission.
Réflexe 7 : ce que la 2042 ne dit pas, le cabinet le sait déjà
Le FEC fait apparaître 80 000 € de compte courant qui dorment. La liasse fiscale montre une trésorerie supérieure aux besoins de l’exploitation. Le grand livre révèle qu’à 52 ans, Marc n’a ni contrat retraite (Madelin ou PER) ni prévoyance : l’audit prévoyance passe avant le PER, car il faut protéger le client avant de chercher à réduire son impôt. Les statuts indiquent un capital de 10 000 € et un mariage sous le régime légal, ce qui pose la question de la protection d’Hélène. C’est en croisant la déclaration avec ces données que le cabinet repère les missions à proposer.
La checklist des 7 réflexes
| Réflexe | Où regarder | Mission à ouvrir |
| 1. Composition du foyer | Nombre de parts, âge des enfants | Rattachement ou pension, réévalué chaque année |
| 2. Épargne retraite | Case 6NS, dernière page de l’avis | Bilan retraite : relevé de carrière, plafonds, rachat de trimestres |
| 3. Revenus fonciers | Cases 4BA / 4BE, taxe foncière | Audit de rendement net et arbitrage du parc |
| 4. Rémunération et dividendes | Cases 1GB et 2DC, capital et compte courant | Dosage annuel rémunération / dividendes / épargne d’entreprise |
| 5. Plus-values en report | Case 8UT, état de suivi 2074-I | Suivi annuel du report et sécurisation du remploi |
| 6. Cryptoactifs | Cases 3AN / 3BN, 2086, 3916-bis | Audit de traçabilité et régularisation avant DAC8 |
| 7. Données du cabinet | FEC, liasse, grand livre, statuts et PV | Détection des signaux que la déclaration ne montre pas |
Sur ce seul dossier, les leviers chiffrés représentent environ 8 000 € la première année pour le client. Pour le cabinet, ce sont des lettres de mission facturées, établies à partir de documents qu’il produisait déjà.
« Ai-je le droit ? » Le cadre en quatre points
- Une mission prévue par les textes : l’expert-comptable peut donner des consultations juridiques, fiscales et sociales, à titre accessoire, aux clients pour lesquels il assure une mission comptable ou déclarative régulière (ordonnance du 19 septembre 1945, article 22).
- Une lettre de mission, toujours : elle fixe l’objet, les livrables, les honoraires et les limites de l’intervention.
- Un statut dédié pour la mise en œuvre : conseiller en investissements financiers (CIF), intermédiaire en assurance (IAS), intermédiaire en opérations de banque (IOBSP) ou carte de transaction immobilière (carte T), détenu par une filiale habilitée ou un partenaire. L’expert-comptable repère les besoins, conseille et garde la relation avec le client ; la souscription des produits passe par ce partenaire.
- Transparence de la rémunération : le client sait qu’il rémunère l’expert-comptable en honoraires pour son analyse. Quand un placement suit, il sait qui le met en place et comment chacun est payé.
Bien appliqué, ce cadre devient un argument auprès des clients qui veulent un conseil indépendant de la vente de produits.
Combien peut rapporter cette mission au cabinet ?
Prenons un cabinet de 2 M€ de chiffre d’affaires et 500 dossiers, dont environ 250 clients de plus de 50 ans. S’il accompagne 30 % de ces clients la première année, cela représente environ 90 missions (bilans retraite, audits prévoyance, arbitrages de rémunération, placements de trésorerie, bilans patrimoniaux) et environ 300 heures de travail, soit une journée par semaine répartie dans l’équipe, pour environ 120 k€ d’honoraires de conseil. Les coûts fixes s’élèvent à environ 3 000 € par an, hors logiciel.
Hypothèses indicatives issues de l’exemple présenté en webinaire : chaque cabinet chiffre avec ses propres honoraires.
Passer du réflexe à la méthode
Quand on interroge les confrères, trois freins reviennent : le manque de compétences, l’absence de méthode et le manque de temps. Le Certificat Expert-comptable patrimonial® traite les deux premiers : 120 heures et 16 modules en classe virtuelle, du cabinet au bilan patrimonial du dirigeant, avec deux nouveautés en 2026, les cryptoactifs et l’IA appliquée. Plus de 250 experts-comptables l’ont suivi. La prochaine session a lieu du 3 novembre 2026 au 19 janvier 2027, et les inscriptions sont ouvertes jusqu’à fin octobre. Le cas de Marc et Hélène est présenté en détail dans le replay du webinaire.
Les informations de cet article sont fournies à titre informatif et ne constituent pas une consultation juridique, fiscale ou patrimoniale. Chaque situation client appelle une analyse individualisée.
Une question sur le Certificat Expert-comptable patrimonial® ? Contactez-nous.
FAQ : les questions que se posent les experts-comptables
Un expert-comptable peut-il établir la déclaration de revenus d’une personne qui n’est pas cliente du cabinet ?
Oui. L’ordonnance de 1945 autorise l’expert-comptable à accompagner les particuliers dans leurs démarches déclaratives, même s’il ne tient pas de comptabilité pour eux. Les consultations qu’il donne doivent rester accessoires et liées à ses missions.
Faut-il un statut particulier pour conseiller à partir de la déclaration de revenus ?
Non pour l’analyse et la stratégie, à condition de signer une lettre de mission. Oui pour mettre en place des solutions (placements, assurance, crédit, immobilier) : il faut alors un statut CIF, IAS, IOBSP ou une carte T, détenu par une filiale ou un partenaire.
Quels clients cibler en priorité ?
Dans l’exemple présenté lors du webinaire, deux groupes : les clients de plus de 50 ans, à qui l’on propose un bilan retraite, et ceux qui paient plus de 15 000 € d’impôt, à qui l’on propose une analyse croisée de leur déclaration et de leur comptabilité.
PER personnel ou PER d’entreprise pour un gérant TNS ?
Il faut simuler chaque cas. Le PER personnel réduit l’impôt sur le revenu au niveau de la tranche marginale (41 % ici). Un contrat mis en place par la société réduit l’impôt sur les sociétés (15 à 25 %). Dans le cas de Marc, le PER personnel est plus avantageux.
