« J’ai un peu de bitcoin. La société aussi, depuis l’an dernier. » La confidence arrive au rendez-vous de bilan, rarement avant. Environ un Français sur dix déclare détenir des crypto-actifs : vos dossiers en comptent déjà. Les crypto-actifs du dirigeant se traitent en quatre questions. Que détient-il, et où ? Qu’impose-t-on, que déclare-t-on ? En direct, en société ou en holding ? Qui, demain, aura les clés ? Le choix des actifs appartient au client ; le cabinet, lui, les rend déclarables, comptabilisables et transmissibles. Voici la démarche présentée lors de notre webinaire de décembre 2025, actualisée des règles comptables de 2027.
Crypto-actifs du dirigeant : que détient-il, et où ?
Conserver, arbitrer, placer en staking, prêter, miner, encaisser ses ventes en stablecoins : chaque stratégie produit ses flux, donc ses traitements. La première pièce du dossier est la cartographie de ces flux, des plateformes aux portefeuilles personnels, lisibles sur la blockchain par leur adresse publique.
Comment être certain que le client a tout communiqué ? Par deux gestes. La lettre de mission lui confie l’exhaustivité de la liste ; le cabinet rapproche les quantités, comme il fait un rapprochement bancaire : un transfert sortant sans contrepartie désigne le portefeuille oublié. À titre privé, l’enjeu est aussi fiscal : le calcul de la plus-value exige la valeur de tous les portefeuilles au jour de chaque cession. Une classe d’actifs nouvelle rend visible ce qui manquait déjà : une vue d’ensemble tenue à jour.
À titre privé : qu’impose-t-on, que déclare-t-on ?
L’impôt naît de la sortie : vente contre euros, achat d’un bien ou d’un service, y compris par une carte de paiement adossée à un compte crypto. L’échange d’un crypto-actif contre un autre, sans soulte, reste en sursis. Au-delà de 305 € de cessions dans l’année, la plus-value se calcule sur le portefeuille entier, par fraction de son prix total d’acquisition, et s’impose à 31,4 %, prélèvements sociaux compris, ou sur option au barème. Une moins-value s’impute sur les plus-values de la même année.
Deux formulaires accompagnent la déclaration de revenus : la 2086 pour les cessions, la 3916-bis pour chaque compte ouvert à l’étranger, même sans mouvement, sous peine d’une amende de 750 € par compte, 1 500 € au-delà de 50 000 €. Depuis le 1er janvier 2026, les plateformes collectent les données de leurs clients, qu’elles transmettent à l’administration à partir de 2027 (DAC8) : régulariser spontanément les années ouvertes est le bon réflexe.
Société à l’IS : que changent les règles comptables de 2027 ?
Le règlement ANC n° 2026-01 s’applique aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027. Les crypto-actifs détenus vont au compte 522, les stablecoins de monnaie électronique au 513. À la clôture, ils sont portés à leur valeur vénale : le gain latent reste au bilan, la perte latente est provisionnée. Chaque cession, et chaque échange entre crypto-actifs, sort au coût moyen pondéré ou selon le premier entré, premier sorti, méthode fixée dès la première année et décrite en annexe ; le résultat entre dans le bénéfice imposable. Le staking devient un prêt, sans résultat au dépôt. La société déclare aussi ses comptes ouverts à l’étranger, avec sa liasse.
En direct, en société ou en holding ?
La poche crypto trouve sa place hors de la société d’exploitation : chaque associé garde ainsi sa propre appétence au risque, le bilan reste lisible pour le banquier comme pour le repreneur, et la prépondérance de l’activité opérationnelle, qui conditionne le pacte Dutreil, est préservée. Quand les montants deviennent significatifs, avec des arbitrages réguliers et un projet de transmission, une holding à l’IS, sous forme de SAS, prend le relais. Elle s’alimente par les dividendes de la société d’exploitation, exonérés à 95 % sous le régime mère-fille, ou par un apport de liquidités, en capital ou en compte courant. Apporter ses propres crypto-actifs est en revanche une cession imposable : la contrepartie, des titres, n’est pas un crypto-actif. Une charte d’investissement, annexée à la décision, fixe les actifs autorisés, les plafonds, les prestataires agréés et l’accès aux clés.
Transmettre : qui aura les clés ?
Donner des crypto-actifs purge la plus-value : le donataire prend pour prix d’acquisition la valeur déclarée pour les droits. Le don manuel est taxé sur la plus forte des valeurs, au jour du don ou de sa déclaration : avec un actif aussi volatil, on le déclare le jour même, ou l’on passe par un acte notarié. Un crypto-actif n’étant pas une somme d’argent, la donation relève des abattements de droit commun. Logée en holding, la poche se transmet par les titres, au besoin démembrés.
Au décès, l’actif connu entre dans la succession, mais seules les clés y donnent accès. D’où un inventaire actualisé, plateformes, adresses et supports, sans les clés elles-mêmes, et une procédure d’accès confiée au notaire. Ce plan de continuité fait partie du bilan patrimonial, au même titre que la clause bénéficiaire d’une assurance vie.
« Ai-je le droit ? » Le cadre en quatre points
- Le conseil patrimonial est une consultation accessoire, ouverte au client pour lequel le cabinet assure une mission comptable ou déclarative, de façon permanente ou habituelle (ordonnance de 1945, art. 22).
- Une lettre de mission dédiée : structures, plateformes et portefeuilles couverts, exhaustivité attestée par le client, source des cours et méthode de stock.
- Le choix des actifs reste au client : recommander un crypto-actif ou un prestataire relève du conseil sur crypto-actifs, réservé aux prestataires agréés au titre du règlement MiCA.
- Une vigilance renforcée sur l’origine des fonds, au titre de la lutte contre le blanchiment ; la transparence, enfin : le cabinet facture ses honoraires.
Comment construire les honoraires ?
Une partie fixe pour la mise en place, cartographie des flux, reprise de l’historique, choix des méthodes ; une partie variable selon le nombre d’opérations, de plateformes et de portefeuilles. La reconstitution d’années anciennes se facture à part. Récurrente, la mission nourrit le pôle patrimonial : trésorerie, holding, transmission. Chaque cabinet chiffre avec ses propres honoraires.
Passer de la question à la mission
Ces dossiers s’apprennent. Le Certificat Expert-comptable patrimonial® ne fait pas de vous l’expert de chaque thématique : il vous donne la vision complète du dossier et l’organisation pour en faire des missions. 120 heures, 16 modules en direct à distance, dont un module consacré aux crypto-actifs : conseil, fiscalité et intégration dans le patrimoine du dirigeant. Il permet à l’expert-comptable de revendiquer la spécialisation « Conseil patrimonial » reconnue par l’Ordre ; 250 experts-comptables l’ont suivi. Promotion du 3 novembre au 19 janvier ; inscriptions jusqu’à fin octobre. Le Certificat Expert-comptable crypto, lui, consacre 21 heures à distance aux crypto-actifs des sociétés à l’IS : comptabilité, fiscalité, structuration.
Les informations de cet article sont fournies à titre informatif et ne constituent pas une consultation juridique, fiscale ou patrimoniale. Chaque situation client appelle une analyse individualisée.
Une question sur nos certificats ? Contactez-nous.
FAQ : les questions que se posent les experts-comptables
Un expert-comptable peut-il conseiller un client sur ses crypto-actifs ?
Oui, pour analyser, déclarer, comptabiliser, structurer la détention et organiser la transmission, avec une lettre de mission. Recommander un crypto-actif ou un prestataire relève du conseil sur crypto-actifs, réservé aux prestataires agréés au titre du règlement MiCA.
Échanger des bitcoins contre des ethers est-il imposable ?
Pour un particulier, l’échange sans soulte est en sursis : l’impôt naît à la sortie en euros ou au paiement d’un bien ou d’un service. Pour une société à l’IS, chaque échange est une cession, dont le résultat entre dans le bénéfice imposable.
Comment se former à ces dossiers ?
Le Certificat Expert-comptable patrimonial® y consacre un module, dans un parcours de 120 heures à distance qui compte pour la formation continue ; financement possible, en tout ou partie : OPCO Atlas pour les salariés, FIF PL pour les indépendants. Le Certificat Expert-comptable crypto approfondit en 21 heures la comptabilité et la fiscalité des sociétés à l’IS.
